Le canard aux navets de Paul Bocuse

Le canard aux navets de Paul Bocuse

Au cœur du patrimoine gastronomique français se niche un plat emblématique, un monument de la cuisine bourgeoise que le pape de la gastronomie, Paul Bocuse, a élevé au rang d’art : le canard aux navets. Loin d’être une simple recette, il s’agit d’une véritable partition où la puissance du canard dialogue avec la douceur subtilement terreuse du navet. C’est l’histoire d’une rencontre, celle d’une volaille au caractère bien trempé et d’un légume racine trop souvent mal-aimé, ici sublimé par une cuisson lente et attentionnée. Nous vous invitons aujourd’hui à entrer dans la cuisine d’un mythe, à vous approprier ce classique intemporel qui raconte l’amour des produits et la patience du cuisinier. En suivant nos conseils, vous découvrirez que ce plat, bien que prestigieux, est à la portée de tous ceux qui souhaitent offrir un moment de partage et d’exception à leur table.

40 minutes

120 minutes

moyen

€€€

Ingrédients

personnes +

Ustensiles

Préparation

1. Préparation et marquage du canard

Commencez par préparer votre volaille. Videz-la si nécessaire et réservez les abats pour un autre usage. Salez et poivrez généreusement l’intérieur et l’extérieur du canard. Ficelez-le soigneusement pour qu’il conserve une belle forme à la cuisson, c’est ce qu’on appelle brider une volaille. Dans une grande cocotte en fonte, faites chauffer l’huile à feu vif. Déposez délicatement le canard et faites-le dorer sur toutes ses faces, y compris les flancs. Cette étape cruciale, le marquage, permet de caraméliser les sucs de la viande et de créer une belle croûte. Une fois bien coloré, retirez le canard de la cocotte et réservez-le. Videz une partie de la graisse fondue en en conservant l’équivalent de deux cuillères à soupe.

2. Lancement de la cuisson longue

Pendant que le canard dore, préparez votre garniture aromatique. Épluchez et émincez grossièrement les oignons et les carottes. Écrasez les gousses d’ail avec le plat d’un couteau. Faites suer les oignons et les carottes dans la graisse de canard restante dans la cocotte pendant environ 5 minutes, jusqu’à ce qu’ils deviennent tendres. Ensuite, versez le vin blanc pour déglacer, c’est-à-dire dissoudre les sucs de cuisson attachés au fond de la cocotte en grattant avec une cuillère en bois. Laissez réduire de moitié, puis replacez le canard dans la cocotte. Ajoutez le fond de veau, le bouquet garni et l’ail écrasé. Le liquide doit arriver environ à mi-hauteur du canard. Portez à frémissement, puis couvrez et laissez mijoter à feu très doux pendant 1 heure 30.

3. La sublimation des navets

Pendant que le canard cuit paisiblement, occupez-vous des navets, les stars secondaires de ce plat. Épluchez-les et, si vous le souhaitez, tournez-les pour leur donner une forme régulière et élégante. S’ils sont petits, vous pouvez les laisser entiers. Plongez-les dans une grande casserole d’eau bouillante salée pendant 5 minutes. Cette action s’appelle blanchir et permet de retirer une partie de l’amertume des navets. Égouttez-les soigneusement. Dans une sauteuse, faites fondre le beurre. Ajoutez les navets, le sucre en poudre, une pincée de sel et couvrez d’eau à mi-hauteur. Posez un disque de papier sulfurisé percé d’un petit trou au centre directement au contact des navets. Laissez cuire à feu doux jusqu’à ce que toute l’eau soit évaporée et que les navets soient tendres et enrobés d’un sirop brillant. C’est la technique du glaçage à blanc.

4. Finalisation de la sauce et dressage

Après 1 heure 30 de cuisson, vérifiez la tendreté du canard : la chair doit se détacher facilement. Retirez délicatement la volaille de la cocotte, déposez-la sur un plat et couvrez-la de papier aluminium pour la maintenir au chaud. Filtrez le jus de cuisson à l’aide d’une passoire fine pour ne conserver qu’un liquide limpide. Versez ce jus dans une petite casserole et laissez-le réduire à feu moyen pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’il nappe le dos d’une cuillère et devienne une sauce onctueuse. Goûtez et rectifiez l’assaisonnement si besoin. Pour le service, vous pouvez présenter le canard entier sur un grand plat de service, entouré de ses navets glacés, ou bien le découper. Nappez généreusement de sauce et servez le reste dans une saucière.

Philippe Peberat

Mon astuce de chef

Pour une peau de canard encore plus croustillante, séchez-la parfaitement avec du papier absorbant avant de la faire dorer. Vous pouvez même la laisser une heure au réfrigérateur, non couverte, pour que la peau s’assèche. La graisse fondra mieux et le résultat sera d’un croustillant incomparable.

Accords mets et vins

Ce plat riche et savoureux appelle un vin rouge élégant et structuré. L’accord classique et majestueux se fera avec un Pinot Noir de Bourgogne, comme un Gevrey-Chambertin ou un Pommard. Leurs arômes de fruits rouges et leurs tanins fins viendront équilibrer le gras du canard sans masquer la finesse des navets. Pour les amateurs de vins de la vallée du Rhône, un Saint-Joseph rouge, avec ses notes poivrées et sa belle fraîcheur, offrira un mariage tout aussi harmonieux et plein de caractère.

L’info en plus

Le canard aux navets est un pilier de la cuisine française traditionnelle, un plat dit « bourgeois » qui symbolise les grands repas dominicaux en famille. Son origine remonterait au Moyen Âge, mais c’est au XIXe siècle qu’il acquiert ses lettres de noblesse. Paul Bocuse, en le maintenant à la carte de son restaurant triplement étoilé, l’a consacré comme un trésor national. Pour lui, ce plat représentait l’essence de la cuisine française : des produits de grande qualité, une technique précise mais sans artifice superflu, et une générosité qui parle au cœur autant qu’au palais.

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